Tasmanie

 

Même si seulement 250 kilomètres la sépare de la pointe méridionale de l’Australie, la Tasmanie semble être un monde à part.

Après avoir été mordus par ses rafales de vent glacial, on se sent plus proches des montagnes enneigées de la Nouvelle-Zélande que de la poussière enivrante de l’Outback australien.

Pays vallonné où d'immenses eucalyptus bordent la route, et où la fraîcheur donne aux paysages un côté mystique, voir féerique inégalable.

On est au cœur de la chaîne montagneuse ; L'atmosphère y est incroyable.

On est minuscule et en même temps parfaitement à notre place. 

 

 

Les énormes eucalyptus longent la route, pendant qu’une famille de cacatoès funèbres nous ouvre le passage.

Les kilomètres défilent au compteur de nos deux roues,
On s’enfonce au cœur des forêts primaires, humides, où pousse à cœur joie une végétation luxuriante, impressionnante de force et de silence.
La densité de la forêt amplifie chaque son qui la traverse.
Les gouttelettes de pluie scintillent en écho, suivies en cascade par le chant des oiseaux.

 

 


On monte notre campement près d'un lac.

Nos deux hamacs superposés sont recouverts d'une bâche bleue en polyéthylène tressé.
On ne tarde pas à se glisser dans nos sacs de couchage, exténués par l’effort de la journée.

Prévoyants, et en vue de l'altitude, on a enfilé la totalité de nos vêtements disponibles dans notre sac à dos ;
Soit, un t-shirt, un sous-pull thermolactyl, un pull, un legging de cycliste, un jean, et comme blouson un k-way 0,5 microns.

Bref, ce soir ça va cailler.

 


 

Trois heures du matin, un craquement sec, suivit d'un effondrement lourd résonne en écho dans toute la forêt. On est réveillé en sursaut le palpitant en vrille, après qu’un énorme eucalyptus se soit effondré à quelques cent cinquante mètres de nous.
Impossible de se rendormir malgré mes yeux croûteux qui ne demandent qu'à se fermer.
Mon sac est trempé, je claque machinalement des dents, tétanisée par le froid. La bâche bleue n'est absolument pas étanche. 

Je me penche pour regarder en contre bas Dav, essayant de baragouiner un "j'ai froid" avant de me vautrer net du deuxième étage de mon hamac, face contre terre, souffle coupé.

Je soulève la bâche, le lac est blanc, il neige.

 

Le feu démarre avec peine, mais permet la cuisson de nos noodles et pitas au penut butter, qui donneront un apport de calories coup de fouet.
Le soleil finit par surgir du lac glacé et nos doigts sont tétanisés ; ce qui rend le paquetage à ficeler sur nos porte-bagages handicapant.
Il faut pédaler pour se réchauffer.
Les cristaux de la fine couche de neige forment une poussière de paillettes étincelantes, féérique.
Décors vivants et figés à la fois, comme en suspension.L’effort physique dans la fraîcheur extérieure nous vivifie même si ça nous brûle les poumons lors des grosses inspirations.
Un monde brut qui ramène l'être à l'essentiel. 

 


 

Rampant vers la sortie de notre cocon de survie, on découvre la température extérieure qui est encore plus froide que la veille. Au petit déjeuner, on se réchauffe avec deux boîtes de conserve

de haricots rouges et d'un chaleureux feu de bois.
Les tendinites de Dav lui font un mal de chien.

 

À notre grande surprise, la montée s’avère relativement douce et progressive jusqu'au sommet du Mont Blackwood.
On arrive sur les coups de quinze heures sur Poitina après une descente improbable d'environ vingt kilomètres.
Dav resserrera mes freins trois fois, mes caoutchoucs sont en feu. 

 

 

On profite d'un break avant d'entamer une descente dans le gouffre boisé vers Falmouth comme nous l'a indiqué le barbu à la Harley-Davidson.
Et là, à l'horizon l'océan, on en chialerait presque.

On est sur la côte Est. Fini la neige!
On longe la côte jusqu'à Four Mile Creek sous les couleurs rose pastel du ciel.
Aujourd'hui, on s'est farcis une centaine de kilomètres